Archives pour la catégorie Interview

Interview de Maurice Rajsfus pour le Journal de la Paix

Bande dessinée autobiographique, mise en images par Mario et Michel D’Agostini, Le petit Maurice dans la tourmente (Editions Tartamudo), raconte l’histoire de Maurice et de sa sœur, arrêtés lors de la rafle du Vel’ d’hiv’. Maurice Rajsfus* revient ainsi sur les heures noires de la collaboration française avec l’occupant nazi.

Le Petit Maurice

P. P. : Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de réaliser cette bande dessinée ?

Maurice Rajsfus : Dans mes souvenirs, j’étais très différent de mes petits camarades de l’école laïque. Je vivais dans deux mondes : la planète française et celle d’enfant d’immigrés. A la maison, on parlait le yiddish et des pogroms de la Pologne russe. A ce sujet, mes parents disaient toujours : « Heureusement, cela n’arrivera jamais en France ! » C’était dans les années 1937, 38, 39. A l’époque, le ministre de l’intérieur, Albert Sarraut, déclarait : « Il faut purger la France de la tourbe étrangère ». Des propos que n’auraient pas reniés Le Pen ou Claude Guéant.

Ce sera bientôt la défaite des Républicains espagnols et l’enfermement de centaines de milliers de combattants dans les camps des Pyrénées en janvier et février 1939. En octobre de la même année, la France décide d’interner tous les hommes allemands vivant en France, antinazis ou réfugiés qui ont fui les persécutions raciales. Albert Sarraut fait ouvrir 110 camps d’internement. En mai 1940, les femmes allemandes sont internées à leur tour, puis livrées aux nazis, selon l’article 19 de la convention d’armistice. Très rapidement, le gouvernement de Vichy va adopter des mesures xénophobes et raciales.

Le 29 septembre 1940, une ordonnance allemande oblige les Juifs de la zone occupée à se déclarer dans les commissariats… Ils sont immédiatement fichés ; le tampon « juif » en lettres rouges est appliqué sur leur carte d’identité. Le statut des Juifs de France, promulgué par le gouvernement de Vichy, met à l’écart quelque 350 000 personnes, femmes et enfants, avec des mesures d’humiliation : interdiction d’exercer de nombreuses professions, imposition d’un couvre-feu de 20 heures à 6 heures du matin etc… Dès le 7 juin 1940, une ordonnance allemande impose le port de l’étoile jaune. Ainsi les Juifs non-reconnaissables jusqu’alors deviennent facilement repérables. S’ensuit, début juillet, une foule d’ordonnances de la Gestapo que la police française applique avec beaucoup de zèle, interdisant par exemple aux Juifs d’apparaître dans les lieux publics, et leur imposant de monter uniquement dans les wagons de queue du métro. En 1941, la police n’avait arrêté que des hommes valides de 16 à 45 ans, soit disant pour aller travailler en Allemagne. Pourtant lors de la rafle du Vel d’hiv, le 16 juillet 1942, la police arrêtera 13 150 hommes, femmes, enfants, bébés, vieillards grabataires. Lors de cette rafle, le policier Marcel Mulot, notre voisin, raflera mes parents, ma sœur et moi. Mes parents, déportés, disparaissent à Auschwitz.

Ma sœur et moi, sommes relâchés dans des conditions inexpliquées. Les deux années suivantes, nous vivront dans des conditions extrêmement difficiles, rasant les murs, l’étoile jaune sur la poitrine avec la peur du lendemain.

Maurice Rajsfus

P. P. : Peut-on faire, selon vous, faire certains parallèles entre cette période noire et celle d’aujourd’hui ?

M.R. : Surtout pas d’amalgames ! Ce n’est pas pareil, mais ça commence à y ressembler. Nous vivons dans une société de plus en plus policière. La liberté est de plus en plus remise en cause. Il existe des dizaines de fichiers, dont le fameux STIC (système de traitement des infractions constatées) avec 25 millions de noms de coupables, de suspects, de témoins et de victimes sans oublier les fichiers ADN, d’empreintes digitales, des personnes non sédentarisées etc…

P.P. : On assiste aujourd’hui à la création de lieux de rétention pour les étrangers

M. R. : Il y a deux ans, Luc Besson, ministre de l’Identité nationale, déclarait lorsque nous protestions contre ces camps : « ce n’est pas Auschwitz ! » Ça ne recommencera jamais, en tous cas pas de la même manière, des familles entières sont enfermées dans ces camps, y compris des enfants et des malades, puis réexpédiées dans leur pays d’origine.

En 1940, nous étions dans un pays marqué par la défaite et écrasé sous la botte nazie et les partis fascistes. Nous sommes censés être aujourd’hui en démocratie, mais il y a 4 millions de chômeurs, 4 à 5 millions de précaires et beaucoup de gens craignent d’être précarisés. Chacun essaie de défendre son pré-carré. Les associations humanitaires et culturelles disparaissent peu à peu ; il y a de moins en moins de volonté militante et les subventions s’amoindrissent de plus en plus. Le climat est tout à fait délétère. La volonté du gouvernement est de faire en sorte que le Français dit « moyen » se désintéresse de la vie de la cité, avec en toile de fond un « ne vous mêlez pas de ce qui vous regarde ». C’est ainsi que nous entendons dire depuis quatre ans que le partage du travail est une utopie.

Comme à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, notre société des Droits de l’homme est en grand péril. Le fascisme a changé de visage, mais avec Nicolas Sarkozy le croquemitaine Le Pen n’est plus indispensable. Tout est fait pour diviser les citoyens de ce pays. En toile de fond, le rejet de l’Etranger, moins blanc que le modèle obligé, devrait permettre de régler les problèmes économiques et sociaux. Sans être taxé de pessimisme excessif, il nous faut en prendre conscience.

Interview de Evelyne Aymard

* Voir Planète Paix d’octobre 2010

Publicités

Place des grands hommes : France Bleu Gironde reçoit Bast

Sébastien Lagarrigue, alias Bast, dessinateur et coloriste de bandes dessinées, est l’invité de « Place des Grands hommes », ce soir, à partir de 18H10.

Bast a notamment signé « Les historiettes de Bordeaux » (1) et « Le gardien du zoo » (2), qui ont remporté un vif succès, et vient  de publier « C’est pas du jeu », un album de B.D. conçu et produit par l’Association Kemil et ses amis et édité par la maison d’édition Tartamudo. Les scénarios sont basés sur des histoires réellement vécues par des familles, adhérentes à l’association, et touchées par le handicap.

L’article : Place des grands hommes : France Bleu Gironde reçoit Bast à 18H10. / France Bleu.

Interview de Vincent Pompetti sur GenerationBD

Mes centres d’intérêts ont toujours été les histoires de science-fiction et de fantasy, ce pourquoi j’ai commencé avec « Planète Divine », un petit conte onirique. Mais comme ce sont des sujets difficiles à développer dans le milieu BD et qui nécessite un investissement, j’ai décidé de travailler depuis plusieurs années à des projets sans contraintes de temps, et ai privilégié pour les publications une collaboration avec Tarek, avec qui je me suis rapidement entendu, professionnellement et en amitié. Tout comme lui, mes autres sujets de prédilections sont le moyen âge et l’antiquité, mais là encore nous avons fait des détours avec « Raspoutine », puis la guerre froide avec le deuxième cycle de « Sir Arthur Benton ».Je ne pensais pas faire quelque chose de contemporain, mais les sujets de géopolitique me passionnent, ainsi que l’ambiance des années 50 et les films noirs, ou ceux d’Alfred Hitchcock. Ce qui fait que ce fut un grand plaisir, avec le scénario de Tarek qui plonge dans les arcanes de l’espionnage, et tout ce que cela implique.

Entre tout cela nous avons travaillé sur une histoire légère de corsaires et pirates, « Le Malouin », qui se veut une aventure décalée.
Enfin nous sommes venus à façonner les sujets de cœur qui mûrissaient depuis quelques temps, avec l’antiquité donc, et « La Guerre des Gaules », notre époque favorite et deux personnages emblématiques que sont Jules César et Vercingétorix, pas forcément aussi bien connu que les clichés ne le laissent supposer.
C’est une synthèse en deux tomes du livre de César, le dernier sort en cette fin d’année et sera normalement disponible pour le festival de St Malo. Au delà de l’aura légendaire qui entoure cette évènement dramatique, tant du côté celte que romain, nous avons voulu mettre l’accent sur la modernité naturelle de ce récit, ce qui permet, d’une pierre deux coup, de se rendre compte que ce n’est pas une conquête binaire ; les nations gauloises sont nombreuses et sont souvent belliqueuses entre elles ; beaucoup commercent déjà avec les romains, en sont proche dans la langue, ou se vendent comme mercenaire. Les deux civilisations puisent dans la culture grecque, d’une manière différente. Les celtes sont d’excellents forgerons, et les romains leur empruntent casques en bronze et cottes de maille. Les alliances politiques et stratégiques sont nombreuses et changeantes ; pour s’assurer la fidélité d’un vassal, on lui demande des otages .On voit se genre de choses se reproduire de nos jours, seule la forme a changé. Les intentions premières sont souvent cachées, ainsi, César ne part pas à la conquête des Gaules le glaive à la main, mais est appelé à l’aide par des Gaulois menacés par les Helvètes ! Ce qui lui permet de justifier sa présence sur le territoire, de tisser de nouvelles alliances, et de subtilement diviser. Certains spécialistes comme Jean Louis Brunaux pensent d’ailleurs que la guerre des Gaules est une sorte de conspiration entre César et certains chefs gaulois, pour diriger le territoire selon leurs intérêts. Bon nombre de batailles ont été remportées en amont, suite à des tractations étranges. Cela aussi fait penser à notre époque. Des peuples celtes étaient farouchement opposés aux romains, comme les Belges et les Carnutes, d’autres y étaient au contraire favorable. On a souvent effleuré ce sujet complexe, entre les récupérations nationalistes du 19e siècle, le mythe du sauvage gaulois et du civilisé romain (transposition du nègre et du brave colon, quelque part), et les clichés hollywoodiens.

La suite : La guerre des Gaules vue par Vincent Pompetti.

Le Temps buissonnier par Aline Pailler invite Maurice Rajfus – France Culture

Le lien pour écouter l’émission : Ici.
Le Temps buissonnier par Aline Pailler invite Maurice Rajfus

En 1942, aux heures les plus sombres de l’histoire de France, dans la période de la collaboration à Paris, Maurice alors âgé de 14 ans, ainsi que ses parents et sa sœur sont raflés, lors de « la rafle du Vel’d’Hiv » ils étaient juifs polonais. Suite à une aberration administrative, Maurice et sa sœur, les deux enfants, sont relâchés du centre de détention parisien. Commence alors pour Maurice et sa sœur livrés à eux-mêmes, une survie de tous les

instants, dans l’appartement de Vincennes, où ils vivaient, ils y sont revenus. L’étoile jaune cousue sur leurs vêtements, Maurice reprend son travail d’apprenti bijoutier et de coursier, se livrant à une partie de cache-cache avec l’occupant allemand nazi et la police française dans Paris occupé …

Ce sont ces faits qui sont relatés dans ce livre, ces quatre années de 1942 à 1945, avant la Libération. La force de cette histoire, est qu’elle est à la fois un compte rendu historique sur cette période, mais aussi le témoignage d’un homme qui a échappé à la mort, qui ne fut pas le cas de ses parents assassinés dans les camps d’extermination avec la complicité du gouvernement de Vichy.


►Maurice Rajsfus naît le 9 avril 1928 à Aubervilliers, historien et militant français,  il est l’auteur d’une cinquantaine de livres dans lesquels il a abordé les thèmes du génocide des juifs en France, de la police et des atteintes aux libertés. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages chez divers autres éditeurs. Parmi lesquels « Moussa et David » qui a eu le prix du meilleur album de l’année,

Par un bel après midi d’automne ensoleillé, en studio … Maurice Rajfus et  José Jover  © Radio France

Parallèlement à ses publications pour la jeunesse, José Jover édite des livres institutionnels pour les comités d’entreprises qui abordent des sujets de société. Tartamudo la maison d’édition, organise également des ateliers d’écriture bande dessinées en milieu scolaire, avec les élèves et José Jover, encadrés par des dessinateurs, et des auteurs. « Mon album de l’immigration en France » a été salué par la presse spécialisée et a donné naissance à une exposition itinérante, en quinze panneaux illustrés.

Lien(s):

  • Découvrir le beau site des éditions Tartamudo …situées 21 place Jacques Carat – 94230 Cachan. Maison d’édition présente à Quai des Bulles, également une exposition des planches de leur BD Le Malouin à l’Hôtel Le Port d’Attache Quai Duguay-Trouin …
  • « Le petit Maurice dans la tourmente »… Commence alors une survie de tous les instants, la force de cette histoire, est qu’elle tient à la fois du compte rendu historique, mais aussi et avant tout du témoignage d’un homme qui a échappé à la mort.
  • Maurice Rajfus,
  • Jodé Jover, la bio …  José Jover est entré sur concours à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts en 1975. En1981, dès la fin de ses études, il devient professionnel dans la BD publiant pour la presse jeunesse et adulte : Phosphore, Pif Gadget, Virgule, Charlie Mensuel, Zoulou, Circus, Actuel,Viper…